Libérer la créativité et réenchanter la relation avec le public.

De nombreux réalisateurs en France ou aux Etats-Unis choisissent, par nécessité ou conviction, de bousculer la chronologie des médias pour diffuser leur film sur internet, souvent en quête de liberté artistique et de nouvelles formes de relation avec leur public. Voyant le cinéma comme une fête, des initiatives comme le cinéma en salle à la demande ou le cinéma paradisio ouvrent des perspectives. De plus en plus d’initiatives mè̀lent cinéma, expérience et évenementiel. Le monde du cinéma change vers un modèle plus créatif, plus libre adapté aux spectateurs, du moins nous pouvons l’espérer.

La production cinématographique fait sa révolution.

Il est vrai qu’autant internet fait partie de notre quotidien et nous fait vivre en immersion dans les médias et l’échange d’information, autant sur fond de surabondance de contenus disponible, il est pour les industries culturelles, une machine à détruire de la valeur et des modèles économiques. La règle de la « nouvelle économie » est simple : un bien, un service numérisable devient transportable et duplicable à l’infini et sa valeur tend inexorablement vers zéro. Le moteur de la filière, initialement basé sur une chronologie des médias spécifique (l’ordre traditionnel de sortie en premier lieu le cinéma, puis ensuite 3 à 4 mois après en vidéo / DVD, 2/3 mois plus tard en VOD et seulement 12 mois après à la télévision), qui permet d’amortir les recettes d’un film sur ses différents supports a été totalement chamboulé par le téléchargement répondant à l’appétit du tout tout de suite.

Le quasi monopole économique détenu pendant des années par quelques grands producteurs et distributeurs est rompu, notamment en raison de nouveaux modèles économiques basés sur l’accès numérique et l’arrivée de nouveaux acteurs comme Apple, Netflix ou Amazon rebattant les cartes et changeant peu à peu la donne. Le streaming, le Peer to Peer, la vidéo à la demande, le multitasking, l’émergence de nouvelles formes narratives (comme les webséries ou les célèbres « youtubeurs » sur Youtube ou le transmédia) produisent de nouvelles habitudes de consommation, de nouveaux critères de choix.  

Le fragile équilibre sur lequel s’appuyait les circuits de distributions qui exploitaient ces « petits » films s’est effondré, même en France, malgré le cocon du C.N.C, la précarité est devenu la règle. Les studios américains se recentrant sur ce qu’ils considèrent comme leur fond de commerce (les films grands publics et les franchises), ont fermé presque toutes leurs branches «  production indépendante », et alors que dire des acheteurs étrangers et financiers potentiels, disparus comme neige au soleil. Il faut savoir qu’Hollywood dépense des millions d’euros pour produire un blockbuster, alors que 80 à 90 % des films indépendants coûtent moins de 30.000 $.
https://en.wikipedia.org/wiki/Microfilmmaking

Même si la situation demeure critique pour l’industrie du cinéma, elle n’est pas ressentie aussi durement par un certain nombre de créateurs indépendant. Bien au contraire !

Bienvenue à l’économie de la débrouille! Vive le cinéma guérilla !

Loin du circuit traditionnel certains artistes reprennent leur destin en main : «  On n’a pas d’argent, mais on a des choses à dire. A montrer. A partager »
 
Un seul mot peut résumer ce que nous vivons : bouillonnement. Non pas le désordre, mais une recherche créative, fruit des bouleversements technologiques et de l’accès aux outils de production.

Pour Francis Ford Coppola “ Mon rêve est qu’une jeune fille de l’Ohio profond devienne le nouveau Mozart du cinéma…”

La révolution numérique offre les outils nécessaires pour exprimer sa créativité, même sans apport financier.
De nombreux cinéastes indépendant et libre ne se sentent plus obligés d’être lié à la projection en salle. Elle ne peut plus être un passage obligé, pour ces films dont la qualité n’a rien à voir avec leur budget marketing. La sortie en salle, pour beaucoup, le mercredi est comme une sortie de tranchée pendant la première guerre mondiale, peu de films passent la première semaine. Ainsi de nombreuses productions choisissent de ne pas se soumettre à cette lutte sauvage en passant par le web. Persuadés, souvent à juste titre, nous allons le voir, que les modèles communautaires et de massification qu’apportent les technologies du web permettent de créer de nouveaux espaces pour le cinéma, de nouvelles conditions de rencontre entre une œuvre et son public.

Les plus belles réussites en France de cette nouvelle génération de cinéastes indépendant et “débrouillard” sont sans nul doute tout d’abord :

En quête de sens de Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière. (2015-87′).

Tourné « avec les moyens du bord », auto-produit et auto-distribué par l’association Kamea Meah, En Quête de sens est né grâce à la générosité de près de 1000 internautes lors d’une campagne de financement participatif sur la plateforme Touscoprod . Marc et Nathanaël ont également reçu l’aide spontanée de nombreux musiciens, traducteurs, techniciens, graphistes et autres bienfaiteurs qui ont permis d’aller au bout de l’aventure avec des standards de qualité professionnelle.

Des expériences pour renouveler l’expérience qu’est le cinéma, il y en a encore plein d’autres, la petite salle obscure n’a pas fini de faire sa révolution.