Le marché de l’art à l’ère du numérique

Cette rencontre entre deux univers qu’aucun de leurs traits fondamentaux ne paraissaient prédestiner à se rencontrer a pourtant eu lieu…

L’art s’est approprié Internet, internet s’est imposé à l’art. Des dizaines de milliers de sites éditoriaux ou à finalité marchande consacrés à l’art ont trouvé leur place.

En terme d’achat-vente, le référencement et la qualité du vendeur priment. Un effort de communication et de marketing important a été entrepris pour constituer des plateformes de vente faisant référence, tant par la qualité des œuvres proposées que par l’interface de recherche spécialisée offrant des services connexes comme des index ou les côtes des artistes.

Le plus bel exemple est le site français Artprice.com, traduit en 5 langues, il est devenu le leader mondial de l’information sur le marché de l’art rassemblant 900 000 membres et plus de 76 000 annonces de vente.

Il attire chaque jour près de 90 000 visites. Sa newsletter réunit près de 1 300 000 membres.

Internet met donc « l’information » à la disposition d’un nombre infiniment plus large d’acteurs, des éléments permettant de réduire l’incertitude de l’achat et surtout réduisant l’écart entre happy few et nouveaux entrants.

Si l’achat d’une œuvre d’art relève toujours d’une dimension irrationnelle – celle du goût, celle du désir – l’acheteur dispose d’arguments pour faire rimer cœur et raison…

Autres chiffres : le catalogue en ligne des ventes d’Art curial compte à ce jour plus de 900 000 visiteurs uniques par an.

Sur le site d’Artnet, au contraire d’Artprice, les enchères sont possibles. 60 000 collectionneurs visitent les enchères chaque mois. Il accueille 68 000 visiteurs par jour.

Photo by Tatiana Rodriguez on Unsplash

Toute a commencé grâce à une Start-Up française, EauctionRoom, qui la première a donné la possibilité de participer en temps réel à une vente comme si l’on se trouvait dans la salle, aujourd’hui, toutes les grandes maisons des ventes aux enchères permettent d’enchérir en ligne. Ils ont démontrés qu’il est possible, grâce à l’internet de largement démocratiser la participation aux ventes aux enchères : 80 % des acheteurs qui utilisent son service n’avaient jamais mis les pieds dans une salle de vente ! Et la marge de progression de ce mouvement de démocratisation est immense, lorsque l’on sait qu’un internaute sur cinq a déjà acheté dans une vente aux enchères en ligne (EBAY par exemple)

Pour l’acheteur « moderne » et pressé, l’internet constitue la solution : un moyen commode d’identifier et d’acheter des œuvres qui au gré de la transformation amorcée du marché de l’art en mass market, se définissent de plus en plus comme des commodités, finalement assez proches à leurs yeux d’autres biens de consommation. S’il en est besoin, aujourd’hui, toutes les maisons de ventes ont leur application Iphone. Il n’est plus possible aujourd’hui de ne pas être présent sur Internet.

Les foires d’art

Créée à Londres, il y a 20 ans, Affordable Art Fair, souhaitaient déjà bousculer les idées reçues sur l’art contemporain (c’est inaccessible, la création contemporaine n’a pas de valeurs…). Aujourd’hui, ces foires répandues dans toute l’Europe permettent ainsi aux jeunes collectionneurs et amateurs d’art d’accéder simplement à leur passion. La donne est bouleversée, ces foires comme MacParis également, qui démocratise l’accès aux jeunes créateurs ont le vent en poupe, quelques chiffres 15 000 visiteurs pour l’A.F.F et près de 9000 pour le Mac.

A nouveau, le marché de l’art connaît des bouleversements, la bulle financière éclate, les acheteurs s’enfuyant, de nouveaux outils réapparaissent.

Et c’est le troc, l’échange, si vous voulez, qui revient vers le devant de la scène…on a plus d’argent, mais l’on peut très bien faire sans…Les grandes fortunes n’investissent plus ou n’achètent plus à tour de bras…Ouvrons nous et adaptons nous.

Mais revenons à l’origine et aux inventeurs de cette tendance.

La Foire Truc Troc

On ne peut évoquer les foires d’art contemporain basées sur l’échange, sans mettre en lumière l’initiative de Mon de Rijck et Charline Mahy,qui en 1972, lancèrent la première foire Truc Troc au château Malou à Bruxelles.

En 1971, de jeunes artistes ont décidé de se grouper pour défendre deux principes, d’une part celui de s’apporter une aide effective et d’autre part, celui de donner au grand public la possibilité de les connaître et à travers eux de se familiariser avec l’art contemporain.

Le jeune sculpteur Mon De Rijck (Ninove 1943) est un ardent défenseur de ce mouvement.

Pour mieux promouvoir l’art de ses confrères, il crée le mécénat démocratique. Ce dernier organise pour les artistes des expositions gratuites et offre aux particuliers la possibilité de louer une ou plusieurs œuvres d’arts.

Trente ans plus tard, Carl de Moncharline, fils de l’initiateur du projet reprend le flambeau et recrée l’événement en 2004, au Palais des Beaux Arts.

Avec plus d’une centaine d’artistes contemporains dont certains présents lors des premières éditions. Aujourd’hui, le succès de la foire ne se dément pas, en 2009, la foire organisée dans les salles du Grand Circuit du Bozard a rassemblé près de 20 000 visiteurs qui ont pu tenter le troc et découvrir près de 200 artistes sélectionnés. Cette 5e édition a marqué un cap et la société organisatrice dirigée par Carl de Moncharline se prépare à exporter son concept dans des grandes villes européennes.

Le Mac Paris, dès son édition 2009, a tenté l’expérience dans son espace Troc’art Mac et l’a reproduit lors de l’édition 2010 devant la participation satisfaisante des artistes, malgré leurs premières réticences,

Ils reconnaissent, que c’est un bon moyen de créer des liens entre artistes et amateurs, loin de la barrière que peut être l’argent et une autre approche permettant de créer le fameux buzz.

Le principe est enfantin, des artistes exposant accrochent dans l’espace dédié, une œuvre qu’ils proposent au troc. Les visiteurs amateurs munis de post-il ou de cartons colorés, punaisent leurs offres d’échange autour de l’œuvre qu’ils ont choisie. A l’artiste d’accepter ou non cette proposition, il est évidemment contraint en rien. Il faut être imaginatif.

Etrangement lorsque l’on constate ces initiatives, on pourrait presque penser que la crise est une chance pour les artistes, du moins pour la démocratisation de l’art et le mécénat. Longtemps, l’état et les institutions publiques ont mis en avant les avantages fiscaux comme moteur d’une initiative de dons pour une initiative culturelle, alors que cela ne peut fondamentalement être le cas et ne peut intéresser les grands comptes.

La blockchain, comme nouvelle étape

Où avec la blockchain dans un futur proche, des sociétés proposent de reproduire la rareté dans l’environnement numérique.

Théoriquement, une des possibilités qu’offrirait désormais la chaîne de blocs serait de reproduire la « rareté de l’objet physique » que l’on a perdue de vue depuis l’invention du Web et la numérisation des contenu.

Outre la possibilité qu’elle offre de « stocker de la valeur » ou de tenir un registre infalsifiable au sujet d’une entente ou d’une transaction, la chaîne de blocs permettrait aussi de garantir qu’une valeur ou une identité « X » ne se retrouve pas à deux endroits en même temps dans un environnement numérique connecté (comme le Web, par exemple).

Selon Guillaume Déziel, dans son article Blockchain : reproduire la rareté dans l’environnement numérique, 

On a pu récemment observer le phénomène du « cryptocollectionneur » avec les Cryptokitties, ce marché où les gens s’achètent de petits chats numériques uniques et se les échangent par la suite. S’il y a un tel engouement pour les images uniques de chatons, imaginez deux secondes la popularité d’une collection complète de cartes de hockey lancée par la NHL sur la Blockchain.

Malgré tout, l’idée de reproduire la rareté d’un objet physique dans un environnement numérique n’est encore que bien théorique et son efficacité demeure toujours à démontrer. Jusqu’à preuve du contraire, la contrefaçon numérique est assez facile et très peu coûteuse à effectuer. Quiconque connaît la commande « Pomme+Shift+4 » (capture d’écran) sur un Mac peut créer « l’image d’une image » en un seul clic. Cela dit, il semblerait que des collecteurs (crawlers en anglais), soit de petits logiciels qui explorent sans répit le Web, pourraient repérer sur le Web des objets numériques contrefaits.

Des start-up se positionnent

Déjà, plusieurs entreprises ont annoncé se servir de la chaîne de blocs pour raréfier les contenus numériques et en contrôler les usages commerciaux légaux. En voici quelques-unes:

Kodacoin et Binded: les deux offrent la possibilité de créer une empreinte numérique unique (fingerprint) liée à une image, de la distribuer et d’octroyer des licences d’utilisation pour l’œuvre. Ces empreintes sont publiées sur la chaîne de blocs et un collecteur moissonne le Web pour y dénicher l’existence de copies contrefaites.

Monegraph: ce studio new-yorkais vend des licences d’utilisation d’œuvres à des prix et des conditions variables. Des contrats intelligents (intelligent contracts) exécutent les paiements.

Verisart: cette entreprise permet de générer des certificats d’authenticité pour chaque œuvre formant une collection d’œuvres d’art numériques.Scenarex: cette entreprise propose aux créateurs de contenu littéraire et aux éditeurs de livres la possibilité d’optimiser la gestion de leurs œuvres numériques et de détecter le piratage.

Monart

Communauté internationale et écosystème ICO

Cette jeune start-up française n’a ni plus ni moins l’ambition que de réinventer le marché de l’art. Notamment grâce à des expériences artistiques innovantes (3D et réalité virtuelle), ainsi que de nouveaux modèles économiques créatifs basés sur la blockchain, incluant la sécurisation des œuvres d’art et des transactions sur la blockchain, ainsi que la vente de parts et de collections d’œuvres d’art. Suivons donc avec attention le développement de cette jeune pousse.

Pour en savoir plus : Monart.art

Comme je le dis souvent, la vraie innovation est dans le rapport au public et au passionné d’art, lorsque vous arrivez à créer une vraie connexion directe avec vos membres et les internautes, vous avez un vrai modèle économique. Les nouvelles solutions peuvent être une vraie évolution des rapports entre les artistes et les acheteurs d’art. La blockchain peut permettre enfin de révolutionner le marché de l’art et de réinventer les relations entre les artistes et leurs publics. On pourra, je l’espère, assister à un vrai rapprochement, à une vraie démocratisation du marché de l’art grâce aux nouvelles technologies. Beaucoup ont essayé, souhaitons à ces nouvelles inventions, de devenir de vraies innovation s’inscrivant dans le temps, pour le plus grand plaisir des amateurs d’art.